Insuffisance rénale
Dr Zeher Gendoo: “Les maladies rénales évoluent souvent sans symptômes visibles”
1. Pouvez-vous nous parler de votre parcours en tant que spécialiste en néphrologie et de votre rôle au sein de C-Care ?
J’ai débuté ma carrière en tant que néphrologue chez Apollo Bramwell en 2013, qui est aujourd’hui C-Care Wellkin. Mon parcours académique m’a mené en France, où j’ai approfondi mes connaissances en néphrologie, ainsi qu’en Arabie Saoudite, où j’ai acquis une expertise particulière dans la transplantation rénale.
J’ai eu l’opportunité d’être en charge d’un centre de transplantation en Arabie Saoudite, et en 2014 à Maurice, nous avons réalisé six transplantations rénales avec succès. Malheureusement, les lois actuelles ne nous permettent pas de poursuivre ces interventions pour le moment à Maurice. Aujourd’hui, je garde en mémoire ces réussites, notamment celle d’une patiente qui, après sa greffe, a pu fonder une famille et a aujourd’hui un enfant âgé de 5 ans. Elle est en pleine forme, ce qui illustre l’impact positif de la transplantation sur la qualité de vie des patients.
Au sein de C-Care, mon rôle est d’offrir des soins spécialisés aux patients souffrant de maladies rénales, en mettant l’accent sur la prévention, la prise en charge des maladies chroniques et l’amélioration des traitements disponibles. Mon objectif est d’accompagner chaque patient dans son parcours de soins pour optimiser leur qualité de vie.
2. Qu’est-ce que l’insuffisance rénale et pourquoi cette maladie est-elle souvent diagnostiquée à un stade avancé ?
L’insuffisance rénale est une affection caractérisée par l’incapacité des reins à éliminer efficacement les déchets et à réguler les liquides ainsi que les électrolytes dans l’organisme. Elle peut être aiguë, survenant soudainement, ou chronique, évoluant progressivement sur plusieurs années.
Cette maladie est souvent diagnostiquée à un stade avancé, car les reins ont une capacité de compensation remarquable. En effet, même lorsqu’ils sont affectés, ils peuvent continuer à fonctionner sans présenter de symptômes évidents. Malheureusement, cela signifie que de nombreuses personnes ne réalisent pas qu’elles ont un problème rénal avant que leurs reins ne soient gravement atteints.
Les facteurs de risque incluent l’hypertension, le diabète, les antécédents familiaux de maladies rénales et certaines infections ou maladies auto-immunes. C’est pourquoi il est essentiel d’effectuer des dépistages réguliers, en particulier pour les personnes à risque, afin de détecter l’insuffisance rénale à un stade précoce et d’adopter les mesures nécessaires pour ralentir son évolution.
3. Quels sont les premiers signes et symptômes qui doivent alerter une personne sur un éventuel problème rénal ?
Une fatigue persistante, un gonflement des jambes, des chevilles ou du visage, des troubles urinaires, une mousse excessive dans les urines ou encore une couleur anormale peuvent indiquer un dysfonctionnement rénal. Une hypertension artérielle difficile à contrôler ou encore une perte d’appétit, des nausées ou des vomissements sont aussi des symptômes à prendre en considération.
4. Quels sont les principaux facteurs de risque qui peuvent entraîner une insuffisance rénale ? (Ex. : diabète, hypertension, génétique, etc.)
Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de développer une insuffisance rénale. Par exemple le diabète, l’hypertension artérielle, les antécédents familiaux. Certaines maladies rénales, comme la polykystose rénale, sont héréditaires et nécessitent un suivi régulier. Les infections et maladies auto-immunes, l’obésité et le tabagisme sont aussi des facteurs à risque.
Étant donné que les maladies rénales évoluent souvent sans symptômes visibles, je recommande fortement d’effectuer des tests de dépistage dès l’âge de 25 ans, notamment des analyses de sang et d’urine pour évaluer la fonction rénale. Ensuite, il est essentiel de réaliser ces tests tous les ans pour détecter toute anomalie le plus tôt possible et agir en conséquence.
5. Quelles complications peuvent survenir si l’insuffisance rénale n’est pas détectée et prise en charge à temps ?
Si l’insuffisance rénale n’est pas traitée à temps, elle peut entraîner de graves complications telles que l’urémie, les œdèmes et l’hypertension. Elle peut également provoquer une anémie, des troubles osseux et évoluer vers une insuffisance rénale terminale, nécessitant une dialyse ou une greffe.
6. Quelles habitudes de vie peut-on adopter pour protéger ses reins et prévenir l’insuffisance rénale ? (alimentation, hydratation, activité physique, etc.)
Un mode de vie sain est la clé pour prévenir l’insuffisance rénale. Pour protéger vos reins : il est important de manger équilibré, diminuer la consommation de sel, de sucre et des aliments transformés. Il est aussi important de s’hydrater : buvez beaucoup d’eau pour éliminer les toxines.
Essayez de maintenir un poids sain et de réduire les risques de diabète et d’hypertension.
Faites de l’exercice régulièrement, ce qui aide à contrôler la tension artérielle et la glycémie.
7. Une fois diagnostiquée, comment se traite l’insuffisance rénale et à quel moment la dialyse devient-elle nécessaire ?
Aux premiers stades, une alimentation adaptée ainsi qu’un contrôle rigoureux du diabète et de l’hypertension peuvent ralentir la progression de la maladie. Certains médicaments aident à protéger les reins et à gérer les complications. Lorsque les reins ne parviennent plus à éliminer correctement les toxines et l’excès de liquide, la dialyse devient nécessaire pour éviter des symptômes graves. La transplantation rénale, si un donneur compatible est trouvé, reste la meilleure option pour retrouver une qualité de vie optimale.
8. Quels sont les progrès médicaux récents dans la prise en charge de cette maladie et les alternatives à la dialyse ou à la transplantation rénale ?
Même si des études sont en cours pour utiliser les cellules souches afin de réparer ou régénérer les reins endommagés, je considère que la prévention reste la clé de la prise en charge de l’insuffisance rénale. En adoptant un mode de vie sain, on peut ralentir la progression de la maladie, voire l’éviter.
Il est essentiel de surveiller régulièrement sa santé rénale, surtout en présence de facteurs de risque tels que le diabète ou l’hypertension. Je recommande également la prise de suppléments et de vitamines, notamment la vitamine D, qui peut être bénéfique pour les reins. Certains compléments spécifiques peuvent aider à soutenir la fonction rénale et à prévenir les carences, mais leur utilisation doit toujours se faire sous supervision médicale.
9. Quel message essentiel souhaitez-vous transmettre au grand public à l’occasion de la Journée mondiale du rein, observée le 13 mars ?
Mon message est simple : protégez vos reins, car ils sont essentiels à votre santé. Beaucoup de personnes ignorent qu’elles ont un problème rénal jusqu’à ce qu’il soit trop tard. C’est pourquoi je recommande un suivi régulier de la fonction rénale, en particulier si vous avez des facteurs de risque comme le diabète ou l’hypertension.
Mauritius